Au Chili et dans les autres pays d’Amérique Latine, le 12 Octobre est un jour férié. On y « célèbre » le « Día de la
raza », « le jour de la race ». Certain journaux contestataires (comme puntofinal par exemple) n’hésitent pas à parler d’un « jour du racisme », tant la
discrimination des indigènes (mapuche, aymara), ainsi que d’immigrants d’autres pays d’Amérique Latine (péruviens, boliviens) est forte au Chili. Donc, vous l’aurez compris, le 12 Octobre n’est
pas un jour de fête pour tout le monde...Mais pourquoi le 12 Octobre, me direz-vous ? Eh bien, je vous le donne en mille : ce jour correspond au 12 Octobre 1492, où les caravelle de
Christophe arrivèrent enfin aux Indes (rappelez-vous, Christophe pensait arriver aux Indes en allant vers l’ouest, pour éviter le dangereux voyage par l’est et le long contournement de
l’Afrique...enfin c’est ce qu’on dit...il semble que le brave et rusé Christophe ait tout de même entendu parlé d’un Nouveau Monde avant d’entreprendre son périple, bien qu’il n’en touchât mot
aux rois d’Espagne...). Après quatre siècles de conquête sanguinaire, d’aventures dignes des romans de chevalerie, de pillage organisé, d’extermination de la population, d’esclavage et
de mise en place du commerce colonial, la métropole décide de fêter ça le 12 Octobre 1892 par un décret royal instaurant le jour de « l’Hispanité ». C’est pendant la Première
Guerre Mondiale que le gouvernement argentin, au vue des très bonnes relations diplomatiques avec l’Espagne, instaure, par le décret du 4 Octobre 1917, le « Día de la Raza » : le
12 Octobre sera jour de fête nationale. La plupart des pays d’Amérique Latine ont par la suite adopté cette fête y compris les Etats-Unis. Le « jour de la race » a été institué
officiellement pour « unir les peuples ou pays qui ont en commun la langue, l’origine ou la religion » (autant vous dire que les peuples indigènes ne s’y reconnaissent pas du
tout !). C’est un jour de célébration du métissage : de nombreux défilés avec danses et costumes colorés sont organisés. Certaines communautés indigènes profitent de ce jour pour
organiser des manifestations, pour réclamer une plus grande reconnaissance de la part de l’Etat, la libération de leurs prisonniers politiques, la dévolution de leurs terres, mais aussi,
pour faire connaître leur culture (et non leur folklore...) et poser le problème de la transmission de leur culture dans une dynamique de globalisation. La question indigène est très complexe en
Amérique Latine, et les révoltes indigènes actuelles ne font que révéler le fossé qui se creuse entre l’Etat, les institutions, le système économique dominant, le système de valeurs dominant qui
découle de celui-ci, et le mode de vie communautaire, les rites, les traditions, « le sacré » des peuples indigènes. Ces révoltes sont le produit d’une incompréhension mutuelle, et
peuvent être violentes, surtout dans les régions éloignées des capitales, ou le contrôle de l’Etat est plus difficile. Les revendications identitaires se mêlent très souvent à des revendications
politiques et anti-capitalistes, car le système capitaliste est en complète contradiction avec le mode de vie communautaire indigène...
Le 15 Octobre à Santiago, j’ai donc participé à une manifestation pour la défense du peuple des indiens Mapuche, une sorte de anti-« día de la raza ».
Les Mapuche, représentent environ 10% de la population chilienne, et sont victimes de discrimination au sein de la société chilienne : une société assez raciste, où le racisme « de
race », comme un héritage de la période coloniale, se mêle à une sorte de « racisme de classe » très prononcé. Après l’arrivée de Pedro de Valdivia, conquistador du
Chili, les Mapuche, qui peuplaient le pays du Nord, depuis la Vallée de l’Aconcagua, jusqu’au Sud (Chiloé et l’est de la Patagonie argentine) ont résisté pendant trois siècles à l’envahisseur...
(Ça me rappelle quelque chose... :o)...C’est l’Espagne qui a fini par gagné, vous vous en doutez, puis l’Etat chilien. En 1881, est signé un Accord de Paix entre le peuple Mapuche et la
République du Chili. L’Etat va ensuite, petit à petit, tenter de « diviser pour mieux régner », en essayant d’imposer la religion catholique, d’effacer peu à peu la culture Mapuche en
proposant des modèles de « semi intégration », en emprisonnant les fauteurs de troubles, et, plus récemment, en proposant aux Mapuche, majoritairement pauvres, des compensations
financières en échange de l’abandon des revendications pour la récupération de leur terres...D’où les banderoles avec « liberación de los presos políticos » et les discours sévères de
la manifestations envers les Mapuche qui se laissent berner par les politiques de l’Etat....
Mais avant de continuer...quelques photos !
Le
drapeau Mapuche.
L'ironie des contrastes de la ville : sur le chemin de la Marche, un panneau géant de "BanIgualdad", "BanqueEgalité : de petits prêts pour de Grands Rêves"...
"Aux prisonniers politiques
Mapuche"...farpaitement! : )
Par Audrey
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